Méditation
Rien pour moi. (Gn 14, 24)
Quelle devise ! Quel programme de haute spiritualité ! Quel coup porté aux forces naturelles d’accaparement, d’égoïsme, d’ambition, d’avarice, de luxure, d’envie, d’orgueil, de paresse, de gourmandise, de colère, de violence, de rébellion, d’amour-propre, de volonté propre et de toute iniquité. Rien pour moi. La mort du moi ! L’assassinat du moi ! L’anéantissement du moi ! Rien pour moi, en mon corps, rien pour moi en mon âme ; rien pour moi en mon esprit ; rien pour moi en ma vie ; rien pour moi en ma mort. À première vue quelle négation ! Mais ce rien total, général, définitif c’est la porte grande ouverte au Tout ! Rien pour moi. Tout pour Dieu. Il n’y a que le vide qui peut être rempli. Ce qui est plein ne peut qu’être vidé. Ce vieil homme dont nous sommes pleins, archicombles et empestés, voilà celui qu’il faut sortir, vider, extirper. Dieu ne peut pas cohabiter avec son opposition. Il faut qu’il meure, s’efface et disparaisse pour que Dieu vienne, s’installe et demeure. Faire le vide. Ne jamais cesser de faire le vide de ce moi corrompu et corrupteur. Qu’a dit entre autres un Jean de la Croix ? Rien, Rien, Rien !
Qu’ont fait les saints, tous les saints, même s’ils ne l’ont pas dit : rien pour moi. Et tous ces ermites de Celtie où se sont-ils établis sinon dans les déserts, les solitudes, les retraites où il n’y a plus rien pour le moi ? La vie érémitique, la vie monastique, la vie chrétienne authentique ne saurait subsister avec le culte du moi. Ces vies religieuses auront la qualité de l’absence du moi. Plus cette absence sera totale plus ces vies seront comblées par Dieu, plus elles seront vraies, ferventes, saintes. Le moi c’est le fond de notre iniquité, c’est le capital de notre péché. Il s’agit de s’en départir et de se munir du Trésor de la Banque de Dieu !